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Le 7 janvier 2022 par Frédéric HOVART

Frédéric Bordage : « Il faut associer low et high tech pour répondre aux besoins de l’humanité ». 

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Comme le dit Wikipedia, Frédéric Bordage est un spécialiste français du numérique responsable. Expert indépendant, auteur et conférencier, il a créé en 2004 la communauté GreenIT.fr consacrée à l'informatique durable. Mais ce que ne dit pas Wikipedia, c'est que Frédéric a un passé de journaliste spécialisé sur le domaine informatique. Il connait donc bien son sujet ! Chez Globalis, nous connaissons Frédéric depuis le début des années 2000 et le premier forum PHP que Frédéric couvrait.

A l'occasion de la publication de son livre "Tendre vers la sobriété numérique", nous avons eu un échange avec Frédéric Bordage. Voici la retranscription de l'entretien mené par Armel Fauveau, cofondateur de Globalis.


Merci Frédéric de nous consacrer un peu de temps et d’accepter de répondre à nos questions. Nous avons lu attentivement, et collectivement, ton dernier livre “Tendre vers la sobriété numérique” publié mi octobre aux éditions Actes Sud et j'ai hâte d'ouvrir la discussion.

Voilà pourquoi on a aimé ton livre !


J’ai été marqué par la première phrase de ton livre “Le numérique est une drogue dure”. Tu commences fort ! 

Tu insistes également assez rapidement sur l'inquiétante vitesse de progression de l’univers numérique et donc de son empreinte sur l’environnement. J’ai compris que l’essentiel de l’empreinte du numérique venait de la fabrication des équipements. D’où l’importance de la durée de vie des équipements et leur utilité.

L'appareil le moins polluant est celui qu’on ne fabrique pas.

Tu pousses à la “sobriété numérique” avec un objectif de santé individuelle mais aussi de résilience de nos sociétés. Tu donnes de nombreux conseils pour nous désintoxiquer de cette drogue dure (les gestes à éviter, les bonnes pratiques à adopter), tu proposes des solutions pour un meilleur futur numérique. On apprend à chaque page du livre. Le livre nous conforte dans nos convictions, nous fait découvrir les bons usages ou, a contrario, nous fait prendre conscience de certaines actions à faibles impacts. 

Parle-nous un peu de toi, Frédéric

J’ai 49 ans dont 25 passés dans le numérique et les 17 dernières années à faire avancer les sujets de la sobriété numérique, de la conception responsable de service numérique qui sont deux composantes du numérique responsable. En tant qu’indépendant j’accompagne de grandes organisations pour les aider à réduire leur empreinte numérique, notamment en réconciliant low et high tech. A titre perso, j’ai l’âme d’un militant et suis donc investi dans des associations comme Halte à l’Obsolescence Programmée et Attention Hyperconnexion. Et, évidemment, je passe un gros bout de mes journées à faire tourner le collectif GreenIT.fr. 


Quels sont les principaux enjeux de la sobriété numérique ?

Il y a trois enjeux (entre autres) : 

  1. réduire notre dépendance aux écrans. Cela devient un véritable problème de santé publique. C’est pour cela que j’ai co-fondé l’association Attention Hyperconnexion ;
  2. réduire les impacts environnementaux du numérique. Notre usage quotidien du numérique représente déjà 40 % de notre forfait GES annuel soutenable. Ce n’est pas soutenable ;
  3. économiser le numérique qui est une ressource non renouvelable. C’est absolument critique pour la résilience de l’humanité de prendre conscience qu’au rythme où nous consommons actuellement les métaux, nous ne pourrons plus fabriquer de numérique d’ici 30 ans. Compte tenu de notre dépendance à cette technologie et de l’inéluctabilité d’un futur plus “low-tech”, il y a urgence à économiser cette ressource.

Aujourd’hui, la communauté GreenIT arrive-t-elle à se faire entendre ?

Oui. Récemment, nous avons obtenu de belles victoires, notamment les articles 1 et 2 de la loi REEN dont je suis particulièrement fier. L’article 1 vise à sensibiliser tous les élèves du primaire et du secondaire à la sobriété numérique. L’article 2 à former les ingénieurs à l’Analyse du Cycle de Vie (ACV) et à l’écoconception appliqués au numérique.

Cela devient cependant de plus en plus difficile de se faire entendre au milieu du tumulte des greenwashers qui sont de plus en plus nombreux et investissent beaucoup d’argent pour “prendre” ce nouveau marché.


Tes 3 points clés du livre, à transmettre absolument ?


  1. La sobriété numérique est avant tout une relation au numérique. C’est une question de santé. Notre cerveau n’est pas conçu pour endurer toutes les interactions numériques que nous lui infligeons au quotidien. Pour avoir une vie plus apaisée, il faut retrouver une relation plus apaisée avec cet outil. C’est une question fondamentale pour notre équilibre personnel. Toutes celles et ceux qui ont réussi à prendre de la distance avec leur usage, souvent intensif, du numérique évoquent les mêmes bénéfices avec les mêmes mots que lors de l’arrêt du tabac ou de l’alcool !
  2. Pour la planète comme pour les êtres humains (qui dépendent directement des écosystèmes), il faut utiliser moins d'équipements qui durent plus longtemps. Cela passe par des gestes simples : éviter de se sur-équiper, réparer et réemployer.
  3. Le monde de demain sera inéluctablement moins technologique / plus low-tech car nous épuisons à très grande vitesse les stocks de matériaux qui permettent de fabriquer la technologie et que le pétrole va finir par manquer. Il est urgent de s’y préparer pour éviter une transition trop brutale qui pourrait se caractériser par un effondrement des structures sociales existantes.

Le monde de demain sera inéluctablement moins technologique, plus low-tech.


Pour nous, agences web, ESN, éditeurs de logiciels, quels sont les moyens efficaces d'agir ?

Il faut associer low et high tech pour répondre aux besoins de l’humanité. Pour cela nous devons dépasser la vision clivée actuelle avec d’un côté les geek de la startup nation, pour qui la dernière technologie à la mode est forcément LA solution, et de l’autre des écolos décroissants qui rejettent de plus en plus la technologie en bloc. L’avenir de l’humanité se trouve au milieu. 

Frédéric Bordage
Frédéric Bordage

Récemment, nous avons éco conçu le service Last Mile Agriculture de la startup Weather Force. En couplant low tech et high tech, nous avons divisé par 5 les impacts environnementaux de ce service de prévisions pluviométriques. Nous avons conservé le super-calculateur à Toulouse, indispensable au calcul des prévisions, mais nous avons remplacé les smartphones 4G par de simples SMS. Couplé au tableau noir de l’école du village et au tableau Veleda ® de la coopérative agricole, cela permet à cette startup de conquérir des clients dans tous les pays émergents. 

Sans aller aussi loin, la systématisation de la quantification des impacts environnementaux des projets et leur éco conception est de plus en plus incontournable.

  • en tant que consommateur ? Il y a 4 gestes clés à retenir: 1. éviter de se suréquiper. 2. faire durer nos appareils via la réparation et le réemploi. 3. Eteindre ses box (couper le robinet “Wi-Fi” comme on coupe le robinet d’eau). 4. Limiter certains usages déraisonnables qui obligent à redimensionner l’infrastructure numérique (“écouter” Youtube en 4G, regarder des vidéo en streaming dans le TGV, etc.). 
  • en tant que citoyen ? L’enjeu c’est de mettre la pression sur les pouvoirs publics pour qu’ils légifèrent plus vite sur certaines problématiques telles que la dépendance aux écrans (lié au “design de l’attention”), l’absence de données environnementales fiables sur le cloud, la durée de garantie des appareils numériques qui devrait être au minimum de 5 ans, la consigne obligatoire pour les équipements numériques afin de massifier leur collecte, l’encadrement du reconditionnement via un “contrôle technique” obligatoire, la généralisation de l’affichage environnemental des services numériques en s’appuyant sur les standards européens / internationaux tels que l’Analyse du Cycle de Vie (ACV) et le dispositif Product Environmental Footprint (PEF) 3.0 de la Commission européenne, etc. Plus globalement, il faut inscrire la sobriété numérique à l’agenda de l’Union Européenne.
  • en tant que concepteur de sites et d’applications ? Il faut concevoir le site ou l’application en partant du principe que les ressources numériques que l’on va mobiliser sont un bien commun non renouvelable. Cela doit nous amener à adopter une posture de conception sobre, centrée sur l’essentiel. Savoir quantifier des impacts (ACV) et appliquer une méthodologie reconnue (écoconception) sont 2 pré-requis indispensables pour y parvenir.

Savoir quantifier des impacts (ACV) et appliquer une méthodologie reconnue (écoconception) sont 2 pré-requis


Que conseillerais-tu aux donneurs d’ordres ? Comment peuvent-ils agir ?

Les donneurs d’ordres peuvent contribuer à tirer le marché vers le haut, par exemple en demandant à ce que les personnes qui interviennent sur un projet aient été formées à l’ACV et à l’écoconception, en exigeant la mise en oeuvre de bonnes pratiques et / ou en visant un seuil maximum en terme d’empreinte environnementale, etc. Avec la publication de la base de données de facteurs d’impact NegaOctet début décembre et du Product Category Rule (PCR) “service numérique” cet été avec l’ADEME, nous avons fini de mettre à disposition des ESN et de leurs donneurs d’ordres la boîte à outils qui leur permettra d’aboutir à un NutriScore pour les services numériques.

Merci Frédéric ! Globalis est sensible depuis toujours au thème de la consommation des services numériques.  Nous travaillons ainsi sur la sobriété numérique depuis l'origine de Globalis et l'éco conception est une priorité pour toutes nos équipes. Tu peux compter sur nous pour continuer dans cette voie et partager les messages de la communauté, auprès de nos équipes et de nos clients.

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