Rachat de WooThemes par Automattic : qu’en penser ?

Ma lecture du rachat de WhooThemes - monstre de l'e-commerce - par le géant Automattic.


Frédéric-Hovart

Ce mardi 19 mai, Automattic, société qui porte WordPress depuis près de 10 ans, a annoncé le rachat de WooThemes. Par cette acquisition, Automattic s’attaque à un acteur majeur du thème et plugin WordPress, principalement connu pour sa solution WooCommerce (ajoutant au CMS les fonctionnalités de boutique en ligne).

WooThemes est l’une des sociétés les plus importantes de l’écosystème WordPress. Créée en 2008, elle est présente dans 16 pays et emploie 55 personnes. Selon ses propres chiffres, WooCommerce – son principal plugin – est utilisé par 30% de tous les sites commerce et le nombre de téléchargements dépasse les 7 millions.

À noter que sur WordPress.org, le plugin compte plus d’un million d’installations actives : un joli score !
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Lorsque l’on regarde les statistiques proposées par BuiltWhith, on est frappé par l’incroyable croissance de WooCommerce. S’il n’est « que » n°4 sur les 10K plus gros sites, il connaît depuis 7 ans un développement exceptionnel. Sur l’ensemble de l’internet, son règne est quasiment sans partage et connaît la meilleure marge de progression – et de très loin – comparée aux solutions concurrentes.
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Rappelons que Automattic a levé 160 millions de dollars en 2014 avec une valorisation totale de 1,16 milliards de dollars. Ces dernières années, la société a également accéléré sa croissance externe en rachetant une dizaine de structures dans des domaines très variés :

      • Code Garage (sécurité) en 2012,
      • Simperium (synchronisation de données) et Poster (mobile) en 2013,
      • Parka/Brute Protect (éditeur de solution de sécurité) et Code For People (agence) en 2014.

Automattic a donc largement les moyens de ses ambitions ; reste aujourd’hui à démontrer qu’elle sait créer de la valeur avec ses acquisitions.


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Le prix de la transaction n‘a pas été divulgué, mais la somme de 30 millions de dollars est fréquemment citée. Cela peut paraître élevé, surtout pour une entreprise d’une cinquantaine de salariés et dont le chiffre d’affaire estimé est de 15 millions de dollars en 2014 ; mais il faut plutôt le voir comme l’achat d’un potentiel incroyable qui a mené WooThemes à être, aujourd’hui, leader sur le marché des plate-formes e-commerce.
Il y a eu beaucoup de transactions dans le domaine de l’e-commerce. Concernant les éditeurs de solutions, certaines m’ont marqué, et je pense notamment à l’achat de Magento par ebay en 2012 (180 millions de dollars), à la levée de fonds de Commerce Guys, éditeur français de Drupal Commerce en 2014 (5,3 millions d’euros), ou encore à l’IPO de Shoppify (sur une valorisation de plus de 1.2 milliards de dollars). J’ai également remarqué qu’il y avait en France un nombre relativement important de transactions autour d’agences web spécialisées sur ce secteur. Le domaine des marketplaces bouge beaucoup également, avec, par exemple, le rachat d’A Little Market (acteur français, dont un ancien salarié de GLOBALIS est co-fondateur) par Etsy, l’année dernière.

Si Automattic rachète Woo, ce n’est pas pour sa plateforme de thèmes, ni pour ses quelques plugins, mais bien pour WooCommerce. Automattic achète une entreprise dont le modèle économique repose sur un plugin gratuit, autour duquel gravite près de 350 extensions payantes (jusqu’à 299$).Automattic-364x246

Les utilisateurs de WordPress sont habitués à payer pour obtenir facilement, rapidement – et finalement à moindre coût – de nouvelles fonctionnalités (30 000 plugins WordPress disponibles aujourd’hui et beaucoup de payants). C’est encore plus vrai dans le domaine de l’e-commerce où le ROI est évident.
WooCommerce peut se féliciter d’avoir démocratisé l’e-commerce. Et Automattic a sans doute les moyens pour transformer fondamentalement l’e-commerce mondial. Mais il reste du chemin, et cela ne sera pas chose facile. D’ici quelques mois, WooCommerce bénéficiera de la force de frappe d’Automattic, de sa trésorerie, et fera sans doute un peu plus tard l’objet d’évolutions importantes.

Elle pourra cibler des sites plus importants (nombres de transactions volumineuses, gros trafics, intégration forte au SI, etc.) ou offrir aux utilisateurs de WordPress.com une palette de fonctionnalités directement utilisables et facilement monnayables. Il leur faudra également améliorer le taux de renouvellement des plugins, qui est aujourd’hui particulièrement faible.

Si Automattic réussit son pari, ce sera un sacré pied de nez à ses nombreux détracteurs, qui continuent de voir en WordPress un simple moteur de blog…
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En définitive, l’écosystème WordPress aujourd’hui, c’est :

    • Automattic,
    • les éditeurs de plugins ou de thèmes,
    • les marketplaces de thèmes ou de plugins,
    • les agences web plutôt orientées comm’,
    • les agences web plutôt technologiques,
    • les acteurs de TMA et de support,
    • une multitude de freelances, où la communauté française est très bien représentée,
    • une communauté d’utilisateurs passionnés ; c’est, il me semble, une particularité que l’on ne retrouve pas chez Drupal, par exemple.

Publié le par Frédéric HOVART

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